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Note de présentation de l’ouvrage du professeur émérite Abdelkader Berrada
« Crédits bancaires, sacralisation des intérêts du grand capital et blocage du développement du Maroc (1998-2022 »)

Par le Pr. Mohamed RAMI

L’ouvrage du professeur émérite Abdelkader Berrada présente un intérêt particulièrement important au vu de l’analyse approfondie et bien argumentée du mouvement de concentration-centralisation des crédits bancaires au Maroc au profit du grand capital.

La méthodologie utilisée est fondée sur le concept dialectique du capital entendu en tant que rapport social mettant en relation des classes sociales dont les intérêts sont antagoniques. Dans ce sens, l’analyse permet de décortiquer le comportement des banques en tant que pourvoyeurs du capital-argent favorisant le grand capital et par conséquent la classe capitaliste qui contrôle à la fois les banques et les entreprises de production des biens et services et ce, dans le cadre d’une alliance avec le grand capital multinational confirmant l’analyse magistrale de Rudolph Hilferding dans son ouvrage sur le capital financier, ce concept traduisant l’interpénétration entre le capital-argent et le capital productif.

L’Etat lui-même à travers ses institutions comme Bank Al Maghrib et le ministère des finances œuvrent dans le cadre de la même logique où la concentration du capital à la fois bancaire qu’entrepreneurial (entreprises non-financières) constitue le mouvement central sous-tendant cette dynamique capitaliste. Toutefois, démontre l’auteur, la trajectoire du capital financier ne permet pas au Maroc de sortir de son état de pays périphérique constituant ainsi un facteur de blocage de son développement et ce, en dépit du fait que tant d’entreprises à la fois bancaires et non-financières investissent en dehors du Maroc et surtout en Afrique.

Dans l’introduction, l’auteur souligne deux traits majeurs :

- L’intensification du mouvement de concentration-centralisation des crédits bancaires depuis l’an 2000 « principalement sous l’effet conjugué, d’une part, d’une restructuration-renforcement du système bancaire privé et, d’autre part, d’une instrumentalisation à peine voilée de la Banque centrale par l’Etat » p. 12.

- La désertification financière qui touche les toutes petites entreprises (TPE) en dépit de leur « écrasante supériorité numérique » p.8, ce qui prive l’économie nationale d’un « important foyer de croissance potentielle ». p.8

A travers cette étude, l’auteur entend donner une analyse plus réaliste du phénomène de concentration-centralisation des crédits bancaires que celles tentées par les approches étriquées émanant des organismes publics comme la BAM (Bank Al Maghrib) ou celles présentées par certains auteurs pour qui la concentration financière se réduit au monopole exercé par trois banques commerciales à des degrés divers qui sont ATTIJARI WAFABANK (ATW), la Banque Centrale Populaire (BCP) et la Banque Marocaine du Commerce Extérieur (BMCE) contrôlant les deux tiers ou presque de l’encours des crédits et des dépôts et ce, sans s’interroger sur les « types d’entreprises, classées selon la taille (chiffre d’affaires) et le statut (privées-publiques, marocaines-étrangères) » qui « ont la préférence des banques en matière de distribution de crédits » p.6

Par ailleurs, l’auteur attire l’attention du lecteur sur les remarques pertinentes des missions du Fonds Monétaire International (FMI) et de la Banque Internationale pour la Reconstruction et le Développement (BIRD).

Lors de sa première mission de 2007, le FMI en soumettant neuf banques qui représentent 98% des actifs du système bancaire à des stress tests relève que celles-ci présentent à des degrés divers des signes de vulnérabilité quant au risque de concentration des crédits octroyés. D’où le besoin pressant pour que la BAM et les autres organismes superviseurs puissent disposer d’une véritable autonomie de contrôle en la matière, selon le FMI.

La seconde mission conjointe du FMI et de la BIRD de 2015, usant des tests de stress sur 8 banques représentant 90% des actifs bancaires, souligne :

- Une vulnérabilité excessive du système bancaire au risque de concentration des crédits et ce, en dépit de l’existence des règles strictes :

- L’exposition de chaque banque à un tel risque entrainerait une sous-capitalisation de quatre banques de l’ordre de 0,8% du produit intérieur brut (PIB) sachant que les banques jouent un rôle majeur dans la restructuration de la dette des entreprises et que le champ légal de la dette privée au Maroc présente de fortes lacunes ;

- L’urgence de remédier aux contraintes de capacité du Département de surveillance bancaire (DSB). La capacité du DSB (nombre d'employés, d'experts et de ressources) n'est pas conforme à la portée nouvellement élargie des responsabilités de la BAM (banque islamique, inclusion financière, protection des consommateurs) et à l'évolution du profil de risque bancaire associé à une expansion transfrontalière rapide et interconnectivité accrue entre les secteurs bancaires et non bancaires.

De même, ladite mission conjointe de 2015 mentionne le fait que le système bancaire exclut de son financement de larges segments de la population dont les femmes et les pauvres vivant dans les zones rurales. Il en est de même des petites entreprises, des sociétés de presse appartenant à des femmes ou des entreprises innovantes et ce, en raison des risques et/ou des coûts plus élevés et plus généralement des difficultés liées à l’accès aux droits de garantie exigés par le système bancaire.

C’est dire autant « de barrières à l’accès au crédit » que « le Groupement Professionnel des Banques du Maroc (GPBM), BAM, le Conseil de la Concurrence et surtout le pouvoir exécutif n’ont pas cherché à faire tomber » fait remarquer l’auteur de l’ouvrage à la page 12. L’ouvrage en question se divise en deux parties :

- Les principales manifestations du processus de concentration-centralisation des crédits bancaires ;

- Les principaux facteurs sous-tendant la concentration-centralisation des crédits bancaires.

Note de présentation complète à télécharger